Thomas Ordonnau (Shellac) en compagnie de Marc Scialom
devant l'Espace Saint-Michel
"En 1969, Marc
Scialom autoproduit plusieurs tournages pirates
entre Tunis et Marseille. Il surexpose la pellicule,
jette pas mal de rushes, arrive néanmoins
à en montrer quelques-uns. Une critique féroce
condamne ses ambitions cinématographiques,
sans appel : l'époque trouve son cinéma
en défaut de politique. Drôle d'époque.
Quarante ans après, lors d'un déménagement,
les bobines de Lettre à la prison
sont retrouvées par Chloé, fille du
cinéaste, cinéaste à son tour.
Le film est restauré, monté et enfin
présenté au public du FID.
Politique, Lettre à la prison l'est plus
qu'aucun autre film vu, nous semble-t-il, depuis
belle lurette. L'auteur résume le synopsis
en quelques phrases : " Un jeune Tunisien
débarque à Marseille. Le lendemain,
il doit prendre un train pour Paris, il y renoncera
à plusieurs reprises. " A partir
de ce programme succinct, Scialom dresse ce que
l'on pourrait définir comme un reportage
sur l'immigration ou les confessions d'un jeune
Arabe. Dans les deux cas ce serait faire l'économie
du carburant du film, de sa température,
de sa maladie. La Lettre est moins l'oeuvre
d'une réflexion que l'effet d'une fièvre
esthétique qui brûle la matière
argentique, noircit, déforme la pellicule,
brouille le montage et ravage le scénario.
Le public [du FID] ébloui a demandé
et obtenu une deuxième scéance, ce
fut celle de la soirée de clôture,
une grande." Eugenio Renzi, les
Cahiers du Cinéma, septembre 2008.
"Notre travail autour du film fut d'accompagner
Marc Scialom pour qu’il ne rejette pas à
son tour cette résurgence altérée
de son rêve… Pour que sa souffrance
d’autrefois qui s’était apaisée
avec le temps et que nous remettons à vif,
ne l’entraîne pas à espérer
un film qui, sous sa forme d’origine n’existera
plus jamais. Il est cette lumière lointaine
d’une étoile disparue… Mais cette
étoile est précieuse aux navigateurs
que nous sommes. Ce n’est que là, que
Marc peut ne pas désespérer.
Il a participé à cette « non
restauration » numérique, « où
l’on peut tout faire » comme on dit
toujours en parlant d’informatique et dans
le tout on inclus généralement le
rien… Il espérait retrouver les lumières
et les noirs de son exil… Il n’a retrouvé
que le reflet dégradé de ses espérances.
Elles sourdent pourtant de chaque image, et de ses
mouvements de caméra portée, regard
et touché à la fois… du son
qui vit sa vie en indépendance de l’image,
en monologue intérieur…
Ses exigences de cinéaste aujourd’hui
sont intactes, se remettre devant une table de montage
lui fait venir des pensées vives, clés
de son écriture… Il dit par exemple
: « le montage me permet de me contredire
moi-même, de contredire l’évidence
qu’il y a dans les images tournées
». Si nous lui en avions laissé la
liberté, il aurait repris ses images et ses
sons et il aurait fait un film d’une de quelques
minutes… Comme il avait « repris »
à l’époque son premier film
pour l’intégrer dans le nouveau, jugeant
que le premier n’était que de «
l’eau de rose ».
On parle beaucoup de 68 et ses suites, un certain
président prétendait en finir avec
« ça » : le rejet de «
Lettre à la prison » en est déjà
une mise en lambeau… Mais ces lambeaux de
peau sur un squelette sont plus vivants et plus
porteur de présent que toutes les archives
télévisuelles de la même période
!" Jean-François Neplaz, co-fondateur
de Film flamme.
"L'égalité·n'existe
que là·où·cesse le
pouvoir des experts. Là·où·le
triomphe proclamé·du droit et de
l'état de droit s'accomplit dans la figure
du recours aux experts, la démocratie se
trouve ramenée à ·sa caricature,
le gouvernement des savants"
(1)
Que
signifie aujourd'hui cette Semaine Asymétrique
? L'image avait été·créée
en 2003 pour fonder sur une inégalité·la
dynamique de nos rencontres avec les cinéastes
amis d'Ipotesi Cinema venus d'Italie.
Qu'en est-il encore de partager en public nos
chemins de cinéma ?
Il est tant de manifestations qui se sclérosent
de se reproduire comme des évidences, et
n'en sont plus justement, des Manifestes...
Alors on a lancé·cette année,
sur la table de la discussion un nom, un titre,
une proposition... Asile
politique.
On pourrait appeler cela un scénario. Mélange
d'intuition, d'expérience, un mot pour
voir, pour voir si la pensée peut cristalliser
là...
(
à suivre ici )
(Info
08/10)
Des résidents à Ligne
d'Erre et des résidences au Polygone
étoilé...
photo du tournage
d'Une belge promenade, un reportage surréaliste
sur la Belgique.
Isabelle Wuilmart est passée
au Polygone Etoilé pour préparer
"Une après-midi
en compagnie de Boris Lehman",
un évènement qui aura lieu le
samedi 17 octobre à Bruxelles au Bozar.
Suit un texte de Boris à son propos...
Conversation
volée dans les couloirs d'une institution locale
en attendant mon tour de paradis...
- "
... J'habite Lyon et je viens souvent en Vacances près
de Marseille.
Je fais aussi des films et je voudrais savoir si je
peux obtenir une aide à la
création de vos services...
J'ai un projet de film sur la construction d'un mur
qui se déconstruirait en faisant
défiler l'image dans l'autre sens...
- C'est tourné en Provence ?
- Non à Berlin...
- Désolé Monsieur, mais il ne répond
pas aux critères de territorialité..;
- (L'autre est songeur) ... J'ai bien un autre projet...
Celà s'appelle L'entrée
d'un train dans la gare de La Ciotat.
- Alors c'est tout à fait envisageable Monsieur
Lumière... si vous pouviez écrire un
petit dossier de quelques pages..."Je me dis que
si ce type s'appelle vraiment Lumière, c'est
normal qu'il n'ait pas d'ombre !
Jean-François Neplaz
APPEL
à vos contributions
pour la case des Cahiers du Cinéma
Hors Capital(e) :
"NOUVELLES"
Une photo, un son, et/ou un texte qui relate un
épisode de vie, de cinéma , de notre
époque ou d'ailleurs...
Reprise
des Nuits Etoilées...
Pour avoir
passé beaucoup de soirées en tête-à-tête
avec des groupes de gens "homoclites", je
salue cette initiative de voir à nouveau la salle
se remplir de personnes inconnues, entre elles, inconnues
du cinéma, inconnues de nous et des autres...
Les films étaient très différents
les uns des autres bien que le ferment humain les fassent
se rejoindre tous, les débats parlaient de la
vie, et chacun donnaient son point de vue, de toutes
les manières possibles qu'il soit de s'exprimer,
mais toujours (et sans micro) en écoutant ce
que l'autre veut dire.
Entre les deux séries de projections une pause
où tout le monde reste là, se rencontre..
Retour dans la salle, le film de franck
qui s'enchaîne avec des images vidéo qu'il
nous a amené le soir même, qu'il aimerait
rajouter dans son film avec une voix qui donne de lui,
de son histoire, de sa soeur perdue qui est l'histoire
de ce film..
il parle en direct, avec le micro, sur ces images nouvellement
ajoutées..
Lo me dit: Eric Brout ( (auteur d'un
scénario de fiction dont le trailer avant-gardiste
qu'il nous propose ce soir-là se déroule
en partie dans la salle du Polygone Etoilé, (un
homme nous regarde, il est inscrit dans ce même
écran réel que nous regardons, le cinéma
nous regarde. La dernière fois que ça
m'est arrivé c'était dans une école
de cinéma il y a 15 jours, on parlait "d'expérimentations
audio-visuelles"...) il s'agit d'un récit
superposé autour d'une méthode occidentale
de psychanalyse en lien avec le chamanisme) n'aurait
jamais rencontré Azzedine (un ami de
Ouahib qui nous montre un film puissant et magnifique,
une ode au bidonville kabille-lestaquien dans lequel
il a vécu et qui n'existe plus aujourd'hui) qui
lui-même n'aurait jamais rencontré Javier
(qui nous avait amené un film qualifié
de vidéo-danse transformé pendant le débat
en mélodrame hollywoodien dont la forme novatrice
séduisait la plupart d'entre nous...) qui
lui-même aurait peut-être rencontré
franck, multiplié par nous autour d'eux...
Deux jeunes filles étaient là, elles prenaient
souvent la parole et défendaient avec ferveur
les films et leurs réalisateurs...
Temps de pause, je leur demande comment elles sont venues
jusqu'ici,
- "ben on reçoit la newsletter depuis les
soirées hip-hop"
- "c'est bien de pouvoir parler des films, et c'est
aussi à cause des films : la programmation est
super, c'est même mieux que les grosses productions
finalement".
Le village déplacé de Celine
Deransart avec Azzedine Hammache
La programmation
y'en avait pas,
d'ailleurs il y avait aussi Ysabelle qui nous a amené
un film tressé entre le Mali et Marseille,
elle venait pour la première fois,
Les 18
et 19 septembre se sont tenues les projections "Aux habitants de la rue de la République"
organisées par Centre Ville pour Tous & l'association
Commune
conjointement à Film Flamme.
Ce furent deux soirées combles, propices à
des échanges entre habitants des quartiers et cinéastes,
des propositions de travaux collectifs et d'échanges
artistiques avec les protagonistes de la soirée,
dont Denis Gheerbrant et Emmanuel Loi.
Les cinéastes
de la 1ere soirée, Serge le Squer, Marc Ball, Hui-Ling
Chen et le public
Martine
Derain prépare aussi un livre sur
le même sujet ... En exclusivité elle en
livre un extrait au débat... Un texte de Jean Stéphane
Borja, sociologue engagé avec elle dans cette "Recherche-action"
sur la "posture à tenir"...
Allez, si ce n'était que des questions de sociologue
on ne vous en parlerait pas... Mais là justement,
il semble que ça parle !
S.A.F.
: Sans Action Fixe
Il y a donc une grande difficulté à fomenter
des actions toutes faites pour un espace déjà
occupé, thématisé, peuplé
de personnages et d’histoires disparates.
Il ne suffit pas de composer avec une vision du monde,
avec des représentations que nous partagerions
« bon gré, mal gré » avec les
habitants ou les militants,
ou que ceux-ci partagent stratégiquement, péniblement,
peu ou trop bien entre eux: il s’agit avant tout
de suivre ce qui se passe, de s’aventurer –
en s’y engageant – dans le moindre pli où
se noue l’action, qu’elle soit déjà
portée par les militants, ou non.
Bref, il s’agit essentiellement de participer d’une
façon ou d’une autre à ce qui se passe,
en étant là et en faisant acte de présence.
(Info
1/11)
Ici,
de Laurent Thivolle primé !!
Aux Ecrans Documentaires d'Arcueil Mention spéciale du jury
de la Compétition Internationale
Court-métrage
* La prochaine Semaine Asymétriqueaura lieu à Bruxelles en février
2010
au cinéma "Le Nova"
en partenariat avec VOA
et d'autres compagnons de route
de Belgique et d'ailleurs...
* L'équipe de Film flamme -Le SACRE invitée
au
Festival International de Rotterdam (27
janvier au 4 février) pour exposer l'expérience hors normes
du Polygone étoilé...
*
Film flamme en partenariat
avec
Aède Prod s'engage pour La semaine du son
qui aura lieu en janvier 2010 :
Ce sera au Polygone étoilé et dans d'autres
salles marseillaises
*
Facs of Lifede Graeme Thomson & Sylvia
Maglioni
Les éclats du film, soutenu dans le cadre de nos Résidences
Ligne d'Erre, sont présentés aux
Instants vidéos : FIDMarseille
2 au 6 nov, 9 au 13 nov, 12h Through the Letterbox exp(l)osition de
Sylvia Maglioni et Graeme Thomson (Cours de Gilles Deleuze,
archives) (Projection le ven 6 nov (20h) en présence
des réalisateurs et de
Jean-Pierre Rehm)
Sur la messagerie
le message de Martino. "Paul est décédé
cette nuit". Comme un flash, le souvenir de Paul
lors de notre dernière visite il y a dix jours. René
Vautier voulait voir son vieil ami et Jf Debienne nous conduisait.
Paul était dans un fauteuil roulant, des suites d'une
mauvaise chute.
René : "Ecoute
moi Paul !... Je suis Jésus ! Lève toi et
marche !"...
Et Paul de se lever de son fauteuil au grand dam de Maguy "Je
marche !". Les deux bras au ciel il me faisait penser au
ravi des crèches provencal...
Et les deux complices de rire...
René avait
amené le DVD d'un court film diffusé sur
le net, contre le discours de Dakar de Sarkozy qui piratait
des images d'Afrique 50. Des cinéastes lui avaient demandé
de protester contre l'usage abusive de ces images.
Ils étaient bien
d'accord les grands anciens pour dire que non... Qu'il n'y avait
pas d'abus !
A ceux qui trouveront
la "juste place" de carpita dans le cinéma
français, ils ne manqueront pas dans les jours qui viennent,
je voudrais dire ce qu'il est pour nous.
D'abord qu'il n'est
pas éle chainon manquant du néoréalisme
dans le cinéma français.
Le néoréalisme
italien est le fait d'une bourgeoisie ou petite bourgeoisie
éclairée, généreuse parfois, sensibles
aux charmes et à la culture du peuple, mais extérieure
à elle...
la voix de Paul carpita est une voix qui émerge du peuple,
c'est autre chose. Il est celui qui parle d'un endroit qu'on
attend pas, il n'est pas qualifié pour ça, la
parole il la prend. il ne respecte pas la place qui lui est
attribuée dans l'organisation sociale. Instituteur, il
se veut cinéaste.... Et cinéaste, il se veut instituteur
! le pire peut-être.
Dans les films de Carpita, le surgissement du peuple, par chacune
de ses figures, est toujours un émerveillement. dans
le néoréalisme, c'est le plus souvent un corps
étranger.
Alors la censure de carpita est bassement politicarde évidemment.
Mais s'il est un cinéaste politique c'est d'abord pour
cette posture d'être là où il n'a pas à
être.
Le rapport à
la capitale est aussi un point fondamental. Dans le cinéma,
la centralité parisienne (bien autre chose que le centralisme
démocratique qui fit tant frémir !) est un abcès
qui n'en finit pas de ronger la création. L'histoire
du cinéma est encore aujourd'hui entâchée
de ce colonialisme intérieur qui dénie aux excentrés
l'accès à la l'expression cinématographique.
C'est encore apparu dans le récent colloque de la région
sur le numérique.
Nous attendons toujours de retrouver de Carpita, les films de
contre-actualité qu'il réalisait avec le collectif
Ciné-Pax (cette mémoire peut encore resurgir en
effet). On y trouvera sans doute tout ce que ce geste a de moderne
et de profondément cinématographique.
pour autant il n'y a rien de tout celà dans les "histoires
du cinéma".
Elle reste à écrire.
Et la place de Carpita aussi.
J.F Neplaz
"Salut,
monsieur Carpita !"
Les
rues de Marseille s'enflammaient aujourd'hui. Et dans ce monde
devenu bien triste, je regrette de ne pas avoir revu, le sourire
tellement transmissible de Paul Carpita. Car comme ses films,
c'est sa simplicité presque enfantine qui m'a tant touché.
Sa tenacité aussi, je me souviens, quand j'ai recollé,
nettoyé ses courts métrage 35, Paul Carpita m'aurait
bien embauché pour faire pareil de toutes les bobines
qu'il avait à la maison. Pour qu'on puisse toutes les
projeter au Polygone, ce fameux premier mai.
Julie Ramaioli
On a la chance d'avoir son sourire en mémoire et son
être simple et exigeant, là, parmi les hommes...
Avoir fait un tout petit bout de chemin ensemble et des choses
grandes et petites, ce qui est la même chose, qui restent
cristallisés.
Pas
que la création ait à faire avec les jeux olympiques...
Pas que la fabrication intensive de valeur de pacotille qu'est
le système libéral appliquée aux arts nous
passionne...
Mais après une certaine indifférence à
ce qui pouvait venir de Marseille (pour ne pas parler d'ostracisme)
... le milieu commence à reconnaître "qu'il
se passe quelque chose" du côté des bords
(de mer)...
Pour autant "La voie marseillaise du cinématographe",
cinéma hors capital(e), est une dynamique
qui n'attend pas de sacre de ceux dont c'est le métier
d'attribuer des notes et des images saintes...
Notre réussite se mesure aux cinéastes qui viennent
nous rejoindre, aux publics que nous touchons malgré
les intermédiaires et parfois grâce aux mêmes,
qui se sont fait nos complices, grâce à toutes
les petites révolutions que nous avons provoquées
en inventant notre passé, notre présent, notre
futur...
En inventant nos outils, nos espaces communs avec le public...Partout.