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Semaine
Asymétrique 2010 En guise de digestifs quelques photographies ici, et des textes là Au
cours du mois de novembre au Polygone Etoilé, Marseille
Que
signifie aujourd'hui cette Semaine Asymétrique ? L'image
avait été·créée en 2003 pour fonder
sur une inégalité·la dynamique de nos rencontres
avec les cinéastes amis d'Ipotesi Cinema venus
d'Italie. Mais on peut penser aussi que cet accueil et cet asile sont devenus denrées rares... On échappe difficilement à ce qu'un certain bon sens appelle dans nos bars « un monde de fous ». Soit que les frontières s'abattent, soit que des murs se construisent, mais « le monde de fous » est toujours là. Il faut constater plutôt que « la politique » conçue comme l'administration de l'État et des citoyens relève visiblement de l'asile ! Et qu'ils soient belges, italiens, français ou « européens » nos « politiques » confisquant en « gouvernance » (bonne ou mauvaise) le geste politique (le mouvement contradictoire qui appartient à chacun de gouverner et d'être gouverné) ont construit les murs de l'asile qui est le leur, de celui où ils voudraient nous voir enfermés. Que
nous ont appris ces années de rencontres, de débats, de
fêtes et de repas, de films partagés entre cinéastes
et en présence agissante du public ?.. Car nous ne nous sommes pas rencontrés comme dans un festival, pour sacrer la crème de la production cinématographique de l'année... Le rejet de cette idée même en était une condition essentielle. Il s'agissait d'abord, pour les cinéastes de l'effraction (2) que nous sommes, d'expérimenter en commun, puis de confronter, des chemins de liberté et d'émancipation. Pas ceux d'une fabrication artificielle de la valeur comme le dopage a fabriqué l'échelle de valeur du cyclisme (quoique le dopage cycliste conduise en prison parfois, ce qui n'est pas encore acquis pour les festivals). On pourrait utilement lire chez Jacques Rancière, philosophe français largement édité, quelques réflexions déroulées au fil des années 90, qui entrent en résonance avec notre expérience. Et le moment pourrait être venu d'appuyer notre marche sur quelques épaules amies... Par exemple. Puisqu'il semble établi pour « la bonne gouvernance » d'aujourd'hui, malgré les multiples masques hypocrites inventés par les idéologues de la République dans le déni même de celle-là, que nous n'avons pas notre mot à dire, que la politique qui nous concerne (3) serait écrite par des experts, nous devons rappeler aux cris d'orfraie que suscite notre effraction (comme « pénétrer dans le spectacle en ennemi » pour Debord), cette remarque de J. Rancière qui définit que « l'essence de cette violence (…) c'est de rendre visible l'invisible, de donner un nom à l'anonyme, de faire entendre une parole là où on ne percevait que le bruit ». Ces effractions préalables, indispensables à « L'invention égalitaire (sont) autant d'occasions pour un ressurgissement du signifiant égalitaire, pour un nouveau tracé de vérification de la communauté des égaux ». Arrivés là certains vont se demander quand on parle de cinéma dans notre quartier de la Joliette, sur le port, au cœur d'un quartier populaire de Marseille qui est aussi le cœur de la plus importante opération de restructuration urbaine d'Europe ? Nous avons fondé notre mouvement d'effraction sur une première base : celle d'un mouvement d'égalité dans une société inégalitaire. Et la rupture s'est affirmée à l'origine du collectif (1996) par la forme des Ateliers Cinématographiques Film flamme. Là, dans ces ateliers publics en 16mm, ouverts à tout vent aux voisins comme parfois aux oiseaux migrateurs, des cinéastes apprennent le cinématographe en même temps qu'ils le transmettent. Ils enseignent sans savoir.(4) C'est une rupture avec le cinéma de la pédagogie, rupture avec l'industrie des paillettes et sa reproduction, rupture avec la consommation et le progrès, avec la prolifération de Disneylands... Mais cette rupture s'inscrit aussi dans la longue histoire rejetée, excentrique, des ateliers cinéma et de l'appropriation du cinéma par tous et « n'importe qui ». Cette forme d'émancipation intellectuelle est à même de poser cet espace non identitaire, non policé, où s'affirme une différence (un entre deux) qui échappe à la désignation évidente : celui qui parle n'est pas celui qu'on attend, ni là où on l'attend, il vient sur l'agora sans y être invité (sans y avoir droit). Là se (re)construit la politique.
Une
deuxième rupture a été opérée en
2002 (6) par l'ouverture
de la salle du Polygone étoilé. Ce nom, cette
image, désignent une figure présente tout autour de la
Méditerranée. C'est aussi le titre d'un livre de l'écrivain
algérien de langue française, Kateb Yacine. L'effraction
insupportable a été la création du Studio
Autonome du Cinéma de RecherchE en 2005, le passage des
gestes de création isolés en turbulence collective (la
turbulence est ce mouvement paradoxal qui peut détruire en vol
un avion gros porteur ou constituer un nouveau corps homogène
avec du café et du sucre). Se
constituer en Studio Autonome dans le schéma unificateur
et hypercentralisé du cinéma français et refuser
les modèles économiques aussi établis que faux... C'est aussi une histoire de fous !.. Ni plus ni moins que l'autre, celle qui prétend à une paix sociale fondée sur l'inégalité ! A une paix sociale par négation du peuple, par un gouvernement du milieu qui ressemble tant au gouvernement d'un seul ! C'est un gouvernement de passions déraisonnables … Notre
« Centre International de Création Cinématographique
et Digitale », c'est une histoire de fous qui veulent
diriger l'asile ! Par
ailleurs il y a les films... (1)
J. Rancière. « Aux bords du politique ».
Folio essais (3) En général on la dit « culturelle » ou « cinématographique », elle se décline en commissions, en disciplines... Mais elle ne se distingue en rien des autres. (4)
On lira utilement le livre de J. Rancière : « Le maître
ignorant ». Fayard. 1987. Toutefois cet auteur nous était
inconnu lors de la création des Ateliers Cinématographique
Film flamme. (7)
Il s'est constitué un « cinéma du milieu »
récemment sur des bases économiques dont le nom provient
de ces budgets « moyens » des films. Ce nom malheureux
et symbolique, évoque tout autant cette illusion d'un gouvernement
par le milieu, par le centre, par la réduction des passions en
quelque sorte, prometteur de paix sociale et de béatitude heureuse.
Une utopie de consensus géométrique... (8) Que Rancière appellerait « le Un qui exclut » |
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