A DEUX VOIX
« La
Maison de Mariata » est l'histoire d'un mariage.
Celui qu'opèrent en commun Mariata la Comorienne et
Gaëlle Vu la cinéaste.
Sur la table la feuille quadrillée sur laquelle, sans
faillir, doit se poser le pinceau de calligraphie.
Le geste, comme essence fondatrice du sens. Gaëlle Vu
est franco-vietnamienne (donc, Marseillaise) et connaît
l'amplitude des cultures gigognes. Dans l’art de l'idéogramme
il y a un cérémonial. Loin de là, aux
Comores, le cérémonial du mariage sait se faire
scansion et phonème. Et dans un précipité
que l'on sent ourlé de la pénombre propice et
studieuse d'une salle de montage, les deux femmes se livrent
à un travail, au sens de la maïeutique. Face aux
images d'un mariage, face à un regard d'enfant. Mariata
est retournée aux Comores, pays polygame, pour assister
au mariage de son propre mari. C'est son fils qui a tourné
en amateur les images. C'est aux deux femmes, maintenant de
les décrypter peut-être en en faisant un film.
La Maison de Mariata est une sorte de respiration ténue
entre une cinéaste et une femme bafouée. Une
lente émergence de la réhabilitation (au sens
strict) qui passe nécessairement par l'explicite. Gaëlle,
face aux rites, pose des questions. Mariata répond
- parfois - mais souvent d'une manière aussi pudique
que violente laisse les images (celles où elle apparaît)
répondre d'elles-mêmes. Le corps est un langage
dans un pays qui ne connaît pas l'écriture.
Nous sommes en leur compagnie dans une sorte de fragile «
work in progress » qui va bien au-delà d'un simple
documentaire (fut-il ethnologique) puisque ce qui est inouï
n'est pas dans l'inaudible (les deux femmes qui murmurent)
mais bien dans ce qui est vécu par Mariata qui met
un point de fierté (l'honneur serait-il encore de ce
monde ?) à assister à l'ensemble des cérémonies
à y participer jusqu 'à y chercher sa place
ou se résoudre à s'y perdre lors des chants
et des danses, des visites et des processions. Sous l'œil
de son fils, qui capte tout, caméra en main, elle en
impose et s'impose en replongeant en toute conscience dans
une culture qui aura voulu la nier.
C'est tout cela, à deux voix, qui affleure, puis remonte
et sourd au fur et à mesure que Gaëlle et Mariata
dénouent le fil des images. C'est tout cela qui fait
le film en train de se faire et le lien qui unit maintenant
les deux femmes.
Film de la gestation d'une renaissance, La Maison de Mariata
n'est jamais vécu (ni par le spectateur ni par les
protagonistes) comme une thérapie. Il est perçu
comme un geste émouvant qui met en miroir les cultures
et les interrogations, L'idéogramme du féminin
plurielles.
Claude Martino
Quotidien La Marseillaise
29Juin 2005