Dédié à la réalisatrice Gaëlle Vu, HaNoi, Mai 2005.

Sentiments d'espoir doré envoyés aux verts nuages.

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Ce film n'a pas un titre habituel. C'est un graphique.
Il y a deux axes, abscisses et ordonnées, avec deux flèches.
Leurs racines sont Ho (parenté). C'est une image, les gens pensent que c'est un graphique de croissance de population ou celui de collégiens qui ont leur devoir à faire.
Mais avec Gaëlle Vu Binh Giang, c'est différent.

Elle a fini Ho à la fin du mois d'Octobre 2004 au Viet Nam.
Ses amis ont été très impressionnés.
En Novembre, Gaëlle a emmené Ho en France. A Marseille.

II n'y a pas de scénario. Les images sont fortuites. C'est la poursuite d'une passion. Les images ne sont pas très nettes et tanguent, comme serait le travail d’un cameraman professionnel. Le son laisse sa place à la rugosité naturelle de la vie.

Les roues du vieux train grincent sur les rails et fatiguent.
Les ouvriers agricoles versent de l'eau avec des écopes dans un champ.
Les rues de Ha Noi.
C'est la fête de la lumière pure au cimetière.
Les gens visitent et nettoient les tombes fleuries des aïeux.
Les pleurs d'une femme de race blanche qui baisse la tête sur une tombe devant les yeux étonnés des petits garçons. D'où est-elle ? De quelle horizon étranger ?
Un jour, elle revient avec ses deux filles, belles comme des fées, elles entrent dans une maison et font la connaissance de leurs cousins et cousines.
La petite fille de huit ans joue de la musique avec un monocorde.
Les personnes âgées regrettent les amours passées et s'assoient au coin de la porte, leurs doigts tremblent en jouant la musique, un chant lent et précis.
Quant à sa soeur de dix sept ans, elle prend un livre d'idéogrammes sino-vietnamien et lit clairement, sans rien omettre. "La gentillesse et l'honnêteté sont l'essence de l'être humain ".

2
Si je refais cette vie
Je prends encore ce même chemin
Je vais 1'aimer avec un coeur ardent comme avant

C'est un vieil homme élégant et savant. L'eau scintille au coin de ses yeux. Ses souvenirs roulent comme les larmes.
C'est le ton de la voix de Vu Can - spécialiste de la culture et traducteur, journaliste, parlant cinq langues - il porte le même nom de famille que Gaëlle. Il commente ce qui est à filmer, il est le trait d'union entre le passé et le présent.
Il chante doucement, le ton se répercute dans le temple. La rivière Da longe la colline de Da Chông, au pied du mont Ba Vi. La photo de la famille avec Ho Chi Minh, quand il est venu chez la grand-mère de Gaëlle - elle était veuve depuis l'âge de 24 ans, elle s'occupait de ses enfants, et avec d'autres personnes instruites, elles ont enseigné pour élever le niveau du peuple. Souvenirs de la vieille maison, de la grande famille qui a fourni au Viet Nam beaucoup de gens talentueux. Le récit de l'histoire de la famille du mandarin Phan Ke Toai, devenu par la suite, vice-premier ministre de la république démocratique du Viet Nam.
Les yeux du chanteur sont voilés, il n'existe plus maintenant que dans le film. Vu Can n'a pu attendre la fin du tournage.
Un jour de l'année 1949, Monsieur Vu Dinh Giap, père de Gaëlle, s'est embarqué comme cuisinier sur un bateau qui l'a emmené en France et a changé sa vie. Le destin ne lui a jamais permis de retourner. Il a fait beaucoup d'efforts, il est devenu médecin, s'est établi et habite en France. Sa femme est française et il a trois enfants métis. Ils ne parlent pas le Vietnamien. Il s'est obstiné à "coller" sur leurs vies des marques vietnamiennes pour que perdure le souvenir de la terre natale. C'est pourquoi Gaëlle s'appelle Vu Binh Giang - le fleuve tranquille. Petite fille, elle a été portée dans les bras du médecin et savant réputé, Nguyen Khac Vien, meilleur ami de son père, qui chaque fois qu'il venait, lui chantait « con co lan loi » (la chanson du héron). La deuxième fille s'appelle Viet Thi (la poésie du Viet Nam). Le dernier s'appelle Thai Son (la grande montagne merveilleuse).Sur un vieux tambour mis dans son jardin,le docteur Giap racontait aux enfants à la peau blanche et aux yeux marron comment ressentaient les Vietnamiens. « Les sacrifices d'un père sont comme la montagne Thai Son, les faveurs d'une mère sont comme l'eau de source qui coule.»
Les souhaits de son père se sont réalisés. La vie de Gaëlle a suivi un cours tranquille, elle est pharmacienne, puis réalisatrice de films documentaires, dont certains ont obtenu un prix en France.
Un jour, soudain, elle ressent le manque de quelque chose. Avec une caméra et un bagage de langue vietnamienne égal à O, elle ferme son bureau, quitte son travail, avec une adresse et une ancienne photo de son père et retourne au Viet Nam, commençant son parcours à la recherche de Ho (parenté, origine).

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Qui suis-je ?
Qui suis-je ? Où est le fleuve tranquille ? Où est la montagne Thai Son ? Où est la poésie vietnamienne ? Où est Hung Yen, le village natal de mon père ? Où est la vieille maison du 251 ?
Où sont les cousins ? Ses amis ont longtemps attendu Monsieur Giap. Son père avait des souvenirs parfois précis, parfois flous mais assez profonds pour que le temps ne les efface pas. Avec une caméra Bell Howell 16 mm de reporter de guerre, deux mille mètres de film couleur 35 mm ont été tournés par Gaëlle, avec son caractère obstiné, attaché au respect de la vérité. Elle a eu beaucoup de matière pour ce film, plus de deux milles mètres le résultat de sept ans pendant lesquels elle a rencontré beaucoup d'obstacles. C'est un film « à l'envers ». Normalement on fait les images, ensuite on "tire" les sons pour illustrer les images. Pour Gaëlle, les images ont été secondes. Elle dit : « Je commence à faire les sons, ne fermant pas le cadre, ouvrant beaucoup de pistes ». Elle a dû passer de plus de 26 heures de son à 3 heures. Elle est allée au centre du cinéma vietnamien, il n'y avait pas de clients, elle l'a loué pour environ 5 mois, ce qui lui a coûté cher et elle a "torturé" deux monteurs chaque jour, qui ont coupé, remonté, pour arriver à un film d'une durée de 2 h 27 mn. Il y a seulement le son, pas de musique, pas de commentaire, pas besoin de faire coïncider les images et les sons. Elle a mis de côté les éléments qui embelliraient le film pour respecter la vérité et la force du sentiment.

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Qui suis-je ? L'axe X est l'abscisse. Gaëlle explique l'origine du pays. L'axe Y est l'ordonnée, avec elle, c'est l'origine de la famille, et la rencontre entre les deux, c'est Ho - c'est l'ascendance.
Dans ce film, Gaëlle se trouve. Elle a emmené ses deux filles pour accepter les origines, leur a fait apprendre le monocorde et les idéogrammes sino-vietnamiens, pour que ses filles se réconcilient avec les souvenirs de son père qui habitait loin du Viet Nam mais n'oubliait pas. Gaëlle a fini son parcours, retrouvé le fleuve en paix. Son père vietnamien berçait souvent ses enfants par deux vers : « Mes yeux sont fatigués à regarder vers le pays natal, Sentiments d'espoir doré envoyés aux nuages verts », et il était heureux.
Gaëlle Vu Binh Giang est retournée en France. Il y a encore un long chemin pour le film. Mais dans Ho, ce nom de film spécial, il y a deux axes : abscisse et ordonnée, retour fructueux à montrer en France, avec les images et les sons vietnamiens. Elle en est le personnage principal, une femme ardente aux cheveux libres, sur le chemin du retour. Le film commence avec ces vers vietnamiens « Les sacrifices d'un père sont comme la montagne Thai Son... ». Elle a demandé à beaucoup de gens où était la montagne Thai Son, mais personne ne la lui a montrée.
Aux derniers jours, alors que le film allait presque se terminer, elle a su que Thai Son était une montagne de légende vietnamienne à laquelle est attaché l'esprit de tous les Asiatiques.

Vo Thi Hao
Journal des femmes
Magazine spécial du Têt 2005

 
 
 
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