LA MAISON DE MARIATA
(2004) Par Gaëlle Vu, réalisatrice du film et co-auteur.

Mariata Abdallah est comorienne, je suis d'origine vietnamienne.
Mariata est illettrée, venue en France pour découvrir comment les gens y vivent, pour apprendre le Français, apprendre à lire et à écrire.
Elle fait le ménage dans un hôtel.
Mon père est issu d'une famille de lettrés vietnamiens francophiles. Tuberculeux, pendant la guerre d'indépendance, il est venu en France pour se soigner. Il y est devenu un psychiatre réputé.
J'étais co-directrice artistique d'une série de films de 3 mm en 16 mm (collective et anonyme), réalisée par les habitants du quartier du Panier à Marseille
Mariata en a réalisé un avec moi. Ensuite elle m'a ramené des Comores une cassette vidéo, et m'a proposé de faire un film qui en soit « la suite ».
La première cassette que Mariata m'a donnée est une vidéo amateur tournée aux Comores qui lui avait envoyée pour qu’elle se rende compte de l'avancée des travaux de sa maison : avec "celui qui sait comment on fait une maison" qui explique, les gens qui arrivent au chantier, des images de travail.
Je ne l'ai pas regardé en entier pour ne pas l'abîmer avant la numérisation.
Maintenant je sais comment les comoriens, probablement parce que l'illettrisme est très répandu chez eux, donnent de leurs nouvelles à leur famille en France, par l'intermédiaire de vidéos VHS SECAM. Des sortes de missives. C'est donc un témoignage de leur culture, de l'intérieur, qui est ainsi constitué.
Et c'est sur la base de cette matière qu'a été réalisée "La maison de Mariata".

Je voulais, dès son projet, pérenniser le film par kinescopage en 35 mm.
Aujourd'hui que je sais tout ça, la pertinence m'en apparaît encore plus grande : c'est le point de départ d'un cinéma comorien. Les cassettes VHS SECAM vont disparaître par l'usage qui en est fait, et il ne restera plus trace de ce témoin d'une culture africaine, polygame et musulmane. Et cette trace est d'autant plus importante qu'elle est populaire.
Enfin, dans ma culture d'origine asiatique, l'écriture est faite d'images, et c'est ainsi que le cinéma est pour moi une écriture.
C'est une rencontre inouïe entre cette culture et une culture africaine qui s'écrit par l'image de ces VHS SECAM.
Rencontre inouïe aussi entre deux femmes, parce qu'elles sont de culture très éloignée, et que leur dialogue tend à les faire connaître à tout spectateur, quelle que soit sa culture.
Le propos comme la forme tend vers l'universalité.

Ce dialogue avec Mariata, qui vit sans écriture, est l'occasion de pousser plus loin mes recherches sur la relation entre écriture cinématographique et idéogrammes de l'écriture chinoise.
Aussi ai-je proposé à Mariata que nous soyons coauteurs de ce film dont sa vie est l'objet, au lieu du « regard d'auteur » filmant la réalité d'une femme. C'est aussi l'occasion d'explorer une question : existe-t-il une spécificité féminine dans la réalisation cinématographique?


 
 
 
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