Autour de "Pologne"
Ce film est le quatrième film de Caroline Delaporte,
cinéaste marseillaise, réalisé dans le
cadre du Studio Autonome du Cinéma de RecherchE.
Elle a aussi bénéficié de cette véritable
« école de cinéma » que
sont les Ateliers Cinématographiques Film Flamme…
où s’expérimente le cinéma vivant
en 16mm, la liberté de geste, libéré
de l’objet comme du sujet… Là où
s’expérimente le son « ouvré »
qui donne son ampleur à l’image, qui rejoue la
représentation, la re-création du monde…
Son irréalisation.
Venant de la « performance », du cirque,
du spectacle vivant, elle a développé film après
film un univers particulier en déséquilibre
sommaire autant que rigoureux. Un art approximatif qui au
terme ne laisse évidemment rien au hasard.
Que « la part des anges ».
Ce cinéma est résolument hors industrie. Hors
« politique des auteurs » avec le « brevet
de savoir faire » qui plaît tant aux belles-mères
en ce qu’il permet de se recycler dans les cosmétiques
en période de vaches maigres.
Aussi nous voulons revendiquer haut et fort la richesse de
ces artistes venus au cinéma sans en partager les travers,
les petits arrangements, les tics et vertus, les gloires,
simplement parce qu’ils sont ailleurs.
Non pas que nous soyons les premiers sur ce terrain à
dire que le cinéma s’enrichit de ses marges,
de ses peintres, de ses clowns, de ses musiciens, de ses écrivains,
de ses plasticiens… devenus cinéastes (je ne
mets pas de noms, nous les connaissons tous)…
Nous ne sommes pas les premiers,
mais l’époque est à la froidure…
Les films ne sont guère regardés et surtout
pas entendus. On y cherche la révélation, la
vision, le regard, le que sais-je encore qui dévoile…
Alors que le cinéma n’éclaire rien, n’est
qu’ombres chinoises, cheminement invisible d’un
objet pesant détourné de sa fonction, lancé
dans l’inconnu d’une "visite"…
En 3-4 films tournés en S.8mm, Caroline Delaporte a
ainsi tracé son chemin, lancé devant elle le
signe secret des « Stalker ». Elle n’arrive
nulle part…
C'est-à-dire en Pologne.
Et nous pensons que « Pologne » peut-être
entendu. Oh bien sur, nous dirons à l’encontre
du film, que tous les festivals l’ont refusé
jusqu’à présent !*
Il n’y a aucune conclusion (pratique) à en tirer.
Pour autant nous voulons tranquillement lui permettre de trouver
ses publics et ses défenseurs, ceux capables d’entendre
que le travail de création sonore qui est à
l’œuvre dans « Pologne »,
est dans la meilleure tradition du cinéma français.
Elle prend Malraux au mot qui écrivait « L’ancêtre
de la bande son du cinéma, ce n’est pas la symphonie,
c’est la pièce radiophonique ». Elle
marie « L’art des bruits » de
Russolo et « les mouettes du pont d’Austerlitz »
de F. Musy.
Ce n’est pas le seul mariage du film.
Nous attendons de ce film qu’il ouvre les portes pour
les prochaines (et précédentes) réalisations
de Caroline Delaporte. Mais au-delà, pour des cinéastes
venus au cinéma par la porte de service…
Avec un sourire comme une
pelle à tarte.
Jean-François
Neplaz
Studio Autonome du Cinéma de RecherchE
* Ce texte était
écris avant sa sélection au Festival
International du Documentaire de Marseille. Il est
donc heureusement caduque... Après presque 1 année
de refus cependant ... Qu'il fallait bien tenter de conjurer
à ce moment là...