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Jeudi 15 Mai à 19h00
Peuple
et Culture Marseille, s'installe au Polygone étoilé
Dans le cadre de son cycle de cinéma documentaire :étrange
étranger
Entrée libre
accueil avec buvette à partir de 18h30
Inquiétante étrangeté
19h
Les maître fous de Jean Rouch
France, 1955, 24 mn
A Accra au Ghana, des émigrants nigériens pratiquent le culte des Haouka : les dieux invoqués doivent prendre possession des adeptes. Ce ne sont plus des dieux traditionnels, mais des fétiches occidentaux issus du colonialisme : soldats, gouverneur, locomotives. Derrière la figure de ces dieux est symbolisé l’ordre hiérarchique et mécanique du monde industriel. Derrière le délire et la transe, un jeu de miroir dérangeant.
Le réalisateur
Jean Rouch (1917-2004) Ingénieur des Ponts
et Chaussées, découvre l’ethnographie au Niger.
Lors d’un second séjour en Afrique, il entreprend la descente
du fleuve Niger, et s’intéresse aux Songhay, dont il devient
le spécialiste incontestable. Puis, vient sa passion pour le cinéma
qui lui apporte un nouvelle méthode d’étude.
Influencé par le Surréalisme, les travaux de Marcel Griaule
en pays Dogon et séduit par les règles essentielles de l’inspiration
et de l’intuition, il capte, filme l’évolution du continent
africain et de la société française. Son écriture
cinématographique influencera la génération des cinéastes
de la Nouvelle Vague. En 1960, il qualifie sa manière de filmer de
« cinéma direct » en suivant l’exemple de ses maîtres
Robert Flaherty et Dziga Vertov, et plus tard de « transe créatrice
». Son oeuvre, plusieurs fois récompensée à Venise,
Cannes et Berlin, se compose de documentaires ethnographiques Les Maîtres
fous ; Sigui synthèse, sociologiques Chronique d’un été
et de fictions Moi, un Noir ; Cocorico Monsieur Poulet.
Jean Rouch fut directeur de la Cinémathèque française,
directeur de recherche honoraire au C.N.R.S. et secrétaire général
du Comité du film ethnographique.

Le ciné-transe
L'aventure commence
durant la seconde guerre mondiale. En 1947, Rouch tourne son premier film
en 16 mm, Au pays des mages noirs, qui, après gonflage en 35 mm,
est distribué en France en complément de programme de Stromboli,
de Roberto Rossellini. Après avoir fondé en 1952, avec l'ethnologue
André Leroi-Gourhan, le comité du film ethnographique au sein
du Musée de l'homme, il réalise son premier coup d'éclat
avec Les Maîtres fous (1955), qui met en scène, comme jamais
on ne l'a vu jusqu'alors, les rites de possession au Niger, dans la secte
des Haoukas. Rouch y invente, sous les auspices de Vertov et Flaherty, ce
qu'il nomme le "ciné-transe", une manière de filmer
caméra à l'épaule en participant aux événements
filmés, une manière d'affirmer surtout que le cinéma
est avant toute chose une affaire de regard, de subjectivité partagée,
d'empathie et d'engagement.
20h
Repas collectif
21H30
Ce gamin-là de Fernand Deligny
et Renaud Victor
France, 1975, 88 mn
Un film mutique en noir et blanc
avec des enfants autistes, des enfants sans langue, des enfants INcurables,
INsupportables, INvivables, INexistants, et qui pourtant sont là,
entre l'eau, la pierre, l’air et le feu, comme s'ils étaient
"faits d'autre chose que de langage", de quelque chose qui ne
nous regarde pas, nous, "aveugles de parlants", nous qui parlons
"comme si c'était tout naturel". Un film où l’on
existe en-dehors des mots, où le corps lie l'être au monde.
Le réalisateur
Fernand Deligny (1913-1996).
Il a commencé à travailler avec des enfants à problèmes
« sociaux ». Il a écrit alors quelques livres qui font
encore parler d'eux aujourd'hui : Graine de crapule, Les vagabonds efficaces.
Dans les années 1960, il a travaillé à la Clinique
de La Borde et c'est de là qu'il est parti pour les Cévennes
à Monoblet, vivre avec des jeunes autistes. C'est auprès d'eux
qu'il commence à parler des lignes d'erre, ces circulations de ces
jeunes dans leur espace de vie et des chevêtres, ces nœuds par
lesquels passent sans cesse les autistes.

« Ce qui ne se voit pas »
[...] L’ère
de l’image. Le temps de l'image, quoi qu'ils disent, ce n'est pas
le nôtre.
L'ère de l'image ! Alors que jamais on n'a été aussi
loin de l'image. Nous sommes au siècle du langage, de la parlotte,
de la reproduction verbalisante, de la parole débridée. Il
faut parler.
L'image, c'est ce que Janmari, l'enfant autiste de Ce Gamin là, conçoit,
c'est son mode de pensée, lui, chez qui il n'y a pas de langage...
Je vis tout le temps aux prises avec cette absence, cette vacance, ce mode
de pensée à part.
C'est évident qu'ils pensent, ces enfants qui n'ont aucunement l'usage
du langage. Il faut leur foutre la paix, mais l'Institution ne supporte
pas ça. Elle ne supporte pas l'absence du langage, rien à
faire. Il faut du langage quelque part ou nous, on est perdu.
Ils tiennent à cette caractéristique du langage qui maintient
l'homme singulier par rapport à l'animal... une vieille trouille...
[...]
Propos recueillis par Serge Le Péron et Renaud Victor. Les Cahiers
du cinéma. Février 1990.