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Jeudi 14 mai à 19h30

Ouverture du bar à 19h
Repas sur place


Y’a qu’à pas la fermer ! Les corps gueuloirs

Y’a qu’à pas baiser de Carole Roussopoulos (France, 1971/1973, 17 mn)

Une femme prend la décision de ne pas garder son enfant. Le film alterne la séquence d’un avortement mené selon la méthode Karman - alors que cette pratique est encore illégale en France - et des images de la première manifestation de femmes en faveur de l’avortement et de la contraception qui a lieu à Paris le 20 novembre 1971.


Regarde, elle a les yeux grands ouverts deYann Le Masson (France, 1980, 77 mn)

Des militantes du MLAC d'Aix-en-Provence (Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la Contraception fondé en 1973) sont inculpées et jugées en mars 1977 pour exercice illégal de la médecine et pratique illégale de l’avortement.
Le réalisateur observe les principes du MLAC, de la vie à la “Commune”, des méthodes alternatives d'accouchement, repoussant les limites du corps décent ou indécent. Ce documentaire-fiction est issu d’un travail collectif, chacune des protagonistes rejouant son pro




La réalisatrice Carole Roussopoulos

« Ce qui compte pour moi, c’est la parole des autres, celle que l’on n’entend jamais »

Carole Kalbermatten naît en Suisse, à Lausanne, et rencontre à Paris Paul Roussopoulos, réfugié politique grec, son compagnon de vie, d’activisme et de vidéo.

En 1970, elle quitte le journalisme et s’achète, sur les conseils de Jean Genet, la première caméra vidéo portable, le fameux portapack de Sony. Elle commence à filmer. Le travail de montage est acrobatique au début, mais Paul invente une façon artisanale de monter, avec scotch et ciseaux et un calcul de synchronisation, méthode qui fera école dans le milieu de la vidéo militante. Le tournage avec cette caméra ne nécessitant pas une équipe nombreuse, souvent Paul tient le micro et Carole la caméra. Ensemble ils montent en 1970 un petit groupe vidéo à Paris nommé Vidéo Out. La même année, elle réalise Jean Genet parle d'Angela Davis et un film dans les camps palestiniens Hussein, le Néron d’Aman (la copie a depuis disparu).

Elle filme, le 1er mai 1970, le premier défilé d’homosexuels à Paris et suit le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire dans ses réunions historiques à l’Université de Vincennes, au département de philosophie. F.H.A.R. (1971)

Elle organise auprès de militantes féministes des stages de vidéo attirant de nombreuses femmes, notamment Delphine Seyrig qu’elle rencontre à cette occasion et avec qui elle entame une longue collaboration. Elles réalisent ensemble en 1976 un pamphlet S.C.U.M. Manifesto.

Carole Roussopoulos suit les luttes des femmes et les filme. Son travail sert d’amplificateur aux luttes des prostituées de Lyon, des ouvriers des usines Lip, aux combats pour l’avortement et la contraception libre et gratuite.

En 1982, elle fonde avec Delphine Seyrig et Iona Wieder, le Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir, premier centre d’archives audiovisuelles consacré à l’histoire et à la mémoire des femmes.

En voyant s’éteindre autour d’elles des femmes ayant lutté pour les droits de femmes et en constatant l’éparpillement et la dégradation des archives audiovisuelles sur le mouvement féministe, Carole Roussopoulos se lance dans un grand projet de film sur le mouvement de libération des femmes qui donnera en 2000, le film Debout ! Une histoire du Mouvement de Libération des Femmes (1970-1980).

A propos du film Y’a qu’à pas baiser (1973)


Dans les années 70, les collectifs vidéos féministes se multiplient à l’image du mouvement de libération des femmes : Vidéo Out, Vidéo 00, Vidéa, Les Cent Fleurs, Airelles Vidéo s’emparent du support vidéo comme instrument de lutte sur leur propre terrain : créer leurs propres images, se prendre en charge en prenant en charge leur représentation.

Ces collectifs réalisent ainsi des films d’intervention dans une grande liberté formelle et économique. La vidéo est un support qui correspond à l’esprit de leurs luttes : souplesse, proximité, spontanéité. Elle favorise la libération d’une parole “intérieure”. Elle donne aussi la possibilité de concevoir entièrement une production, de la réalisation au montage, faisant éclater un certain nombre de “cadres” du film documentaire.

Ces films constituent aujourd’hui les matériaux d’une mémoire inédite, la chronologie de cette production militante constituant une fidèle chronique des grandes luttes féministes. Ils en dévoilent un aspect souvent occulté ou méconnu : l’esprit frondeur, joyeusement libertaire dans lequel ces femmes se sont fait entendre dans une société que l’on (re)découvre extrêmement misogyne.


Filmographie sélective


Jean Genet parle d'Angela Davis (1970)
F.H.A.R. (1971)
Monique, Lip I. (1973) - La marche de Besançon, Lip II. (1973)
Y'a qu'à pas baiser (1973)
Maso et Miso vont en bateau (1975)
Les prostituées de Lyon parlent (1975)
S.C.U.M. Manifesto (1976)
Le viol, Anne, Corinne et les autres (1978)
L'égalité professionnelle, ça bouge (1986)
L'inceste, la conspiration des oreilles bouchées (1988)
Planning familial (1990)
Les murs du silence, agressions sexuelles en institutions (1997)
Debout ! Une histoire du Mouvement de Libération des Femmes. 1970-1980 (1999)
Marchons, avançons, résistons en Suisse Romande (2002)
Viol conjugal, viol à domicile (2003)
Le jardin de Lalia : Des microcrédits pour les femmes maliennes (co-réalisation, 2004)
Des fleurs pour Simone de Beauvoir (co-réalisation, 2007)

 

 


Le réalisateur Yann Le Masson

Né en 1930, Yann Le Masson entre à l'école Louis Lumière puis à l'IDHEC. Il débute une longue carrière de caméraman et directeur de la photographie avec de nombreux réalisateurs (Alain Cavalier, Jean Daniel Pollet, Michel Audiard, Walérian Borowcyk, Serge Gainsbourg, William Klein, René Vautier, Chris Marker, Sydney Pollack, Jean Fléchet, John Frankenheimer, Jean-Louis Comolli…)

Il réalise en 1960 avec Olga Baïda-Poliakoff et d’après une idée de René Vautier son premier film militant, J'ai huit ans, qui révèle les exactions commises par l'armée française en Algérie.
En 1963, c'est le film Sucre Amer tourné à la Réunion et en 1969, La culture comme une arme, film sur les armées de Révolution. Puis il réalise au Japon un film pamphlet anti-capitaliste qui fait le tour du monde, Kashima Paradise (1970-71).
Ses engagements le conduiront ensuite auprès du MLAC d'Aix-en-Provence, avec les films Quand je serai grande (1978), Nous mêmes (1979), Regarde, elle a les yeux grands ouverts (1979-80).

Dans ses films ou dans son travail de diffuseur au sein du collectif le Grain de sable, il est resté fidèle à une conception militante du cinéma.


« On ne vient pas au film militant les mains nues. Il faut avoir un point de vue de classe. Quant au cinéma direct, on ne peut effectivement retrouver sa spontanéité qu’en ayant effectué un important travail technique et politique. Mais le direct n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Ce qui importe, c’est que les choses soient claires politiquement. Au besoin, il peut être utile de reconstituer des scènes avec le concours des gens concernés. (…)
Mais je ferai une critique à un groupe comme Cinéthique. J’ai discuté avec eux. Ils estimaient que le marxisme-léninisme et le matérialisme étant la connaissance des lois de la société, cette connaissance devait se traduire à travers une maîtrise cinématographique entièrement planifiée et ne pouvait déboucher que sur une mise en scène scrupuleusement réglée, presque à la chinoise. Je fais allusion ici à la manière dont les Chinois conçoivent la photographie dans leurs revues. Certes la mise en scène qui les marque ne trahit pas la spontanéité ni les contradictions de la situation évoquée, mais elle respire une certaine pauvreté sur le plan de la représentation du réel, qu’il faut corriger. Le document pris sur le vif possède une richesse incomparable. Par rapport à cette tendance chinoise, je me rapprocherais plutôt du direct, mais à condition que ce soit un direct pensé, partisan, analysé, reflétant un point de vue de classe. J’aimerais en tant que cinéaste communiste parvenir à réconcilier la fiction et le direct. La fiction permet d’insister au niveau d’un décor ou d’un texte ou de diriger un interprète, de maîtriser une dramaturgie. Avec le direct, on ne peut pas bien maîtriser la réalité que l’on filme sur le vif et l’on tombe vite dans le culte du mouvement, du spontané. Il faudrait pouvoir parvenir à la fois à maîtriser la matière filmée et bénéficier de la richesse du document pris sur le vif : ce serait l’idéal. (…)
Dans la mesure où la réalisation d’un film demande beaucoup de temps (à la différence d’un tract ou d’une affiche) et que la lutte risque d’être terminée avant le film, le film militant demande à échapper au conjoncturel : il doit se hisser au niveau du théorique (…), relier les batailles à une bataille plus fondamentale. »

Table ronde avec Yann le Masson et Paul Seban.
Cinéma militant : dossier établi sous la direction de Guy Henebelle.
Cinéma d’aujourd’hui. n°5-6, Mars-Avril 1976.

 



Soirée organisées dans le cadre du cycle de cinéma
"COMME SI LE CORPS..."
organisé par L'ATELIER DE PROGRAMMATION DE PEUPLE & CULTURE

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Le cycle “Comme si le corps...” est une proposition de l’Atelier de programmation
de Peuple & Culture Marseille.

Vous pouvez rejoindre l’Atelier de programmation en vue du prochain cycle, n’hésitez pas à nous contacter !





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