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Vendredi 28 MARS à 20h30

Peuple et Culture Marseille, s'installe au Polygone étoilé
Dans le cadre de son cycle de cinéma documentaire :étrange étranger

Entrée libre
accueil avec buvette à partir de 20h00


À nos corps hors de vue

Des corps étrangers à la conformité des corps :
une esthétique dérangeante ; une monstruosité (l’acte de montrer) qui bouscule aussi nos perceptions et du coup nous interroge sur nos conditions de perception (et de représentation) : cela s’appelle l’Esthétique.
Des corps hors champ qui rentrent dans le champ de la caméra ou veulent sortir d’un cadre aliénant. Des corps qui nous montrent que nos corps sont construits socialement, c’est à dire que nos perceptions, notre esthétique sont construites.
Nos corps ne sont pas naturels ; ils prétendent à la normalité ou pour certains la trans-gressent. Et l’œil, les jeux de regard construisent ou déconstruisent tout cela.
Ici les corps étranges et étrangers viennent nous interroger sur notre esthétique et peut-être notre éthique.

Au programme


L’Enfant aveugle, de Johan Van Der Keuken (Pays-Bas, 1694, 24 mn)

Une approche en creux qui touche de près des corps innocents, ceux d'enfants aveugles, étranges car impudiques à nos regards de voyants. Gestuelle, elle aussi étrange, livrée au seul désir du corps, détachée de principes extérieurs et n'obéissant qu' à sa propre loi, si étrangère...

« Alors que le réalisateur-voyageur peut se mouvoir librement dans l'espace, l'univers d'un aveugle se limite à la hauteur et à la largeur de son corps. »
Johan van der Keuken , Abenteuer eines Auges, Hambourg, 1987.

En 1964, Keuken a réalisé depuis 1957 une petite dizaine de court-métrages. L'observation des aveugles lui permet d'élaborer une théorie de la perception suivant l'idée que le travail de recomposition de la réalité peut-être rendu plus aigu encore lorsqu'il y a déficience des sens. «Les personnages qui sont handicapés, disait-il dans les Cahiers du cinéma, sont souvent dans mes films car ils cassent la représentativité. Cette position un peu marginale par rapport à la normalité leur permet d'avoir une vue plus perçante sur ce que serait le normal, le réel. D'où aussi la thématique de la cécité, de la surdité, des sens bloqués, qui me semble être celle d'une lucidité par rapport à une perception brisée, fragmentée. » Ainsi Keuken fonde une pratique radicale du montage à partir de notre perception incomplète de la réalité.
« Dans le film L'enfant aveugle, des aveugles trébuchent sur les creux et les irrégularités des pavés dans la rue, les trous de l'espace, et en triomphent avec peine à l'issue d'un combat quotidien. Mais ce qui était obstacle constituera, la fois suivante, une aide à l'orientation élargissant ainsi la conception du monde. » Thomas Tode in Images documentaires 29/30.

Mistermissmissmister de Ana Borralho et Joao Galante (Portugal, 2002, 11 mn)

La caméra capte une performance « spectaculaire » : dans un dispositif simple de face à face, les regards circulent et les rôles observateur-observé s’inversent sans cesse. La division binaire des sexes et des genres est trans-gressée par les corps qui se montrent, renversant la perception et la représentation du corps, du sexe, du genre.
La performance génère une relation de proximité avec le spectateur qui pris dans une action artistique immédiate, parfois interactive, devient le témoin privilégié d’un art du processus et de la présence. Le corps se situe très souvent au centre de sa pratique devenant le vecteur d’expériences sensibles, intimes et créatrices.

Performeurs : Ana Borralho, João Galante et Miguel Moreira

Ana Borralho et João Galante se sont rencontrés alors qu’ils étaient étudiants en art visuel à l’école AR.CO. Ils ont depuis régulièrement travaillé ensemble, à la fois comme performeurs et concepteurs dans la compagnie de théâtre OLHO. Depuis 2002, ils ont créé et joué : Mistermissmissmister (2002), I Love You (2003), Girl P Boy (2004), No Body Never Mind, 001 (2004), No Body Never Mind, 002 (2005), No Body Never Mind, 003 (2006) et SexyMF (2006).
En 2000, Ana Borralho a participé au workshop Gender Behaviour and Codification of Gesture de Diane Torr. Ce travail a considérablement influencé le concept de ses premières réalisations.

Hiding In Plain Site de Emma Waltraud Howes (Canada, 2006, 7 mn)

Un seul corps en prise avec lui-même dans un espace cadré par la danse, par la vie ou par tout ce que l'on peut se figurer. « Une recherche sur le besoin de se cacher et le désir d'être vu », au travers de nos étrangetés.

Emma Waltraud Howes a d'abord travaillé en tant que membre du
« Canadian Children’s Dance Theatre Company » où elle a rencontré et créé avec de nombreux chorégraphes.
Elle part ensuite à Vancouver pour étudier au
« Emily Carr Institute of Art and Design ».
Son projet actuel se nomme, Subtle Architectures ; A Practice in Enabling Constraints . Il s'agit d'un work in progress dont le thème central est le potentiel du corps à exprimer la connaissance au travers du mouvement.

La maison est noire de Forough Farrokhzad (Iran, 1962, 22 mn)

« Ce monde est plein de laideur, il y en aurait davantage si l’homme en détournait les yeux… »
Des êtres exclus par la lèpre vivent ensemble la quotidienneté d’un village-hôpital. Commande d’une société caritative iranienne, ce film de la poétesse Forough Farrokhzâd questionne la beauté, la souffrance et la norme à travers l’étrangeté des corps que la maladie transforme ou menace.

Sur Terre
Poème de Forough Farrokhzâd

Jamais,/ Je n’ai souhaité devenir une étoile/ Dans le mirage du Ciel/ Ni devenir, comme une âme élue,/ La compagne silencieuse des anges/ Jamais,/ Je n’ai été loin de la Terre/ Jamais,/ Je n’ai été intime avec les étoiles/ Je reste debout sur Terre,/ Avec mon corps qui aspire/ Comme une plante/ Le vent, le soleil et l’eau/ Pour vivre/ Fertile de désir,/ Fertile de douleur,/ Je reste sur Terre/ Pour être exaltée par les étoiles/ Pour être caressée par les vents…

À propos de La Maison est noire

"Les mondes de Vigo, de Buñuel, de Chaplin, n'existent que par ce battement entre les yeux ouverts et les yeux fermés. Il en va de même pour Forough Farrokhzad filmant cette léproserie et, de nos jours, pour un autre cinéaste iranien de la même trempe, Abbas Kiarostami. (...) Si ce film est à un documentaire ordinaire sur une léproserie ce qu'une eau-forte de Goya est à un croquis réaliste, c'est par cette capacité de la cinéaste à regarder ces lépreux, et leur monde, comme une partie de la réalité visible - qu'il lui fallait regarder en face sans honte ni crainte - et tout autant comme une autre version possible de l'humanité, telle qu'on pourrait l'imaginer en fermant les yeux sur ces lépreux, pour garder dans le noir, paupières serrées, une sorte de présence rémanente de certaines images trop fortes pour passer à autre chose, pour se rafraîchir le regard" (Alain Bergala, Cinéma 07).
Extrait d'une analyse d'Alain Bergala sur " La maison est noire "

Forough Farrokhzâd est née le 5 janvier 1934 à Téhéran dans une famille de militaires issue de la classe moyenne. Elle se marie à 16 ans, s'initie à la peinture avec son mari, divorce quatre ans plus tard. Passionnée de littérature ( elle écrit des poèmes dès son plus jeune âge ), elle publie son premier recueil, le Captif, à 21 ans. La rencontre en 1958 avec Ebrahim Golestan, écrivain et cinéaste, l’amène vers le cinéma. Elle poursuit des études cinématographiques en Angleterre en 1959 et 1960. Revenue en Iran, elle réalise en 1962 un film documentaire, La maison est noire, primé au Festival d’Oberhausen en 1963. Elle joue la même année dans une pièce de Pirandello, Six personnages en quête d’auteur, et publie un nouveau recueil Une autre naissance. Ses poèmes, tournant moderniste de la littérature iranienne, la font reconnaître comme écrivaine incontournable du 20ème siècle en Iran. Elle décède dans un accident de voiture le 14 février 1967. Son dernier recueil, Ayons foi dans le commencement de la saison froide, est publié après sa mort.

 

 




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