Frédéric
Valabrègue
Beignets
d'orties
mini-dv / 2008
Sur "beignets d'orties" de Frédéric Valabrègue,
je peux trouver les mots facilement.
C'est un film dont le titre a l'humour et la gravité du Kiarostami
du goût de la cerise. On sent bien que ça parle de la mort,
on voit bien que la vie est omniprésente. Et l'homme, qui est
tellement plus qu'un héros et même plus qu'un personnage
principal, a beau exposer ses fatigues et ses lassitudes, ses doutes
et ses angoisses : il trace, comme disent les minots des temps modernes,
sans besoin de complément d'objets directs ou indirects... Il
trace, laissant trace d'humanité dans les coeurs amis... Oui,
dans ce film aux histoires croisées, il n'est pas d'ennemis mais
que des autres bienvaillants... Comme dans le film de Kiarostami (où
il n'est question que du goût de la mûre sauvage pendant
les 3/4 du temps avant que ne soit mentionnée celui la cerise),
les beignets d'orties du titre du film de Frédéric Valabrègue,
à force de se faire décrire,
c'est à dire à force de ne consister en rien d'autres
que des mots qui excitent l'imagination, finissent par devenir les objets
d'un désir dont l'assouvissement ne saurait être la finalité.
C'est un autoportrait de l'artiste en éternel débutant
de l'existence. C'est un film littéraire, ce qui n'est pas si
fréquent pour un film d'écrivain. Il décoche des
traits de littéralité que même les films dits documentaires
ne parviennent pas à atteindre, notamment dans une scène
hallucinée montrant des poissons tout frais pêchés
agonisant sur les ponts des bateaux à quai.
C'est, bien sûr, une fiction. Pas si sûr... Le geste ne
cache pas sa maladresse ni sa crudité. L'image pauvre de la dv
se donne comme telle. Les moments de grâce sont d'autant plus
précieux. "Beignets d'orties" désigne un rêve
de douceurs, porté par des réminiscences des années
d'enfance. C'est le premier film, modeste, d'un homme qui en a vécu
beaucoup d'autres avant d'écrire cette histoire.
Kiyé Simon Luang
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