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Du
Jeudi 1er au Dimanche 4 Mai |
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Cinéma
au travail/Travail au cinéma
Le Polygone étoilé
Marseille, le 20 mars 2008
« … Pour voir […] pour éluder
noms et prénoms, déjouer les artifices du il de rigueur
dés que l’autre est parlé . Où
apparaît ce mot de commun auquel il suffit d’adjoindre un
iste pour nous dire que communiste nous le sommes, puisque nous cherchons
ce que commun peut évoquer » (Fernand Deligny).
A René Vautier,
Comme tu me l’as demandé au téléphone,
voici la proposition qu’on voudrait faire pour ce 1er mai.
Depuis quelques années nous organisons une manifestation dans
l’élan du défilé du premier mai, et le public
que nous invitons dans la rue, se retrouve au soir dans notre salle
de projection du Polygone étoilé du quartier du port autonome,
la Joliette. Pour voir des films … et prendre l’apéritif !..
Et c’est en entrée libre évidemment, comme tout
ce qui se passe ici. Nous disons aussi « Entrez libres !»
Il est de tradition populaire à Marseille que les manifestants
se retrouvent après le défilé au cabanon, à
la terrasse des cafés ou encore dans un coin de balcon pour refaire
le monde.
Quand nous nous sommes croisés à Ganges
il nous semblait tout naturel de te demander de nous accompagner cette
année pour cette rencontre que nous appelons Cinéma au
travail, travail au cinéma.
Et de cette invitation tu nous as glissé ton désir d’échafauder
quelque chose avec ton ami Paul Carpita. De fil en aiguille nous avons
aussi pensé aux films :
Tout tremble[1] de Bernard Boespflug, film de fiction réalisé
avec le collectif La Réplique dont les comédiens ont eux-mêmes
fait évoluer leurs personnages en s’inspirant de l’actualité
sociale dans laquelle se développait le film. Le réalisateur
voulait une fin "plus joyeuse" d’où un épilogue
qui se fabrique avec les ouvriers de Nestlé à Marseille,
à partir de leur lutte. Hervé Grazzini, fils d’ouvrier
de Nestlé, qui a filmé tout au long de la lutte, viendra
aussi en montrer quelques séquences choisies.
Il y aura aussi Catherine Pozzo Di Borgo qui a réalisé
à partir d’archives de l’INA Méditerranée :
Quand la télévision explorait le monde du travail.
Marcel Trillat qu’on a également le désir de réinviter
au polygone étoilé.
Et nous apporterons au bouillonnement, comme le dit Macha qui était
avec nous à Ganges « notre film collectif Besoin de
rien, tourné un 1er mai, étendard de notre autonomie face
à une déviance de la société qui réduit
l’artiste et l’humain à la mendicité et à
la passivité ».
Au jour du 40ème anniversaire de Mai 68, loin
de la commémoration, il nous semble important de venir à
la rencontre des utopies de ceux qui en ont fait leur combat, leur vie.
Et parce que les luttes mènent à la recherche d’alternatives,
s’invite aussi à la table le mouvement des coopératives
et les expériences de prise en main des usines et des fabriques
de vie, par les travailleurs et ceux qui oeuvrent à la réalisations
de leurs utopies.
Ainsi l’expérience francomtoise de LIP avec le film récent
L’imagination au pouvoir sera aussi programmé, (dans la
mesure du possible car l’entré est libre, et notre budget
serré) à cette manifestation du premier mai.
Proche de nous, la Coopérative Européenne Longo maï
(« Durera longtemps » en provençal) sera
présente avec un film qui la raconte. « Nous avions
suivi de près plusieurs confrontations comme par exemple chez
les mineurs du Limbourg, les paysans bretons, la grève des dockers
en Angleterre, etc. Nous avons constaté que ces confrontations
ne menaient à rien dans l’immédiat. Nous avons commencé
à lire les utopistes du 19ème siècle. Lors d’une
discussion, l’idée de Longo maï est née. Nous
lisions les utopistes parce que nous voulions trouver de nouvelles formes
de vie commune. Le chômage des jeunes pointait à l’horizon,
il y avait de moins en moins de perspectives. Au lieu de monter sur
les barricades avec des revendications, nous voulions essayer de réaliser
nous-même une forme d’utopie sociale, tout au moins un début ».
Il ne s'agit pas de participer à l'édification
de monuments, ce qui occupe nos pensées ce sont les vivants,
ceux qui mettent en travail leurs utopies pour construire notre histoire,
celle qui n’est pas dictée, celle qui reste tous les jours
à inventer et réinventer.
"Le cinéma au travail" que nous projetons
au Polygone chaque année, participe à cette histoire en
mettant en commun les utopies que nous réalisons ici et que d'autres
mettent en œuvre ailleurs. Des luttes d’autonomie, de création,
de productions libres, hors capital(e) qui font sans doute écho
à l’unité de production cinématographiqueBretagne.
Tu nous avais parlé dans la « fosse » lors
de la table ronde de la médiathèque, des trois films auto
produits par les ouvriers. Cela avait été une chaîne
de production autonome qui s’était arrêtée
en 81. Vous pensiez alors que l’état prendrait le relais
par l’intermédiaire des chaînes publiques, qui bien
sûr ne se sont pas données au peuple, même s'il existe
des exceptions comme Marcel Trillat justement, et quelque autres qui
ont pu mener leur action au sein de cette industrie du petit écran.
Nous avons donc pensé à Quand tu disais, Valéry
et Quand les femmes ont pris la colère et le troisième
film qui vient de cet élan et dont je ne connais pas le titre…
Comme tu nous proposais aussi La grande lutte des mineurs, on ne peut
qu’attraper au vol, et te dire oui aussi.
Si nous t’invitons ce printemps
c’est aussi parce que, dans ton œuvre de cinéaste
et de militant, il y a des croisées de chemins qui font que des
habitants du quartier de Belsunce qui ont participé au film Ciné
pantomime se retrouvent là, avec nous, parce que nous nous sommes
cherchés.
Il n’est pas hasardeux de dire que si « André
le mécano » a réalisé un film dans nos
« Ateliers Cinématographique Film flamme »
c’est qu’il y a un même sang qui coule dans nos veines,
le sang des humains du rivage. Et ce rivage-là, ou celui juste
en face, d’Algérie, tu y as laissé des empreintes
dans le sable dont les vagues n'effacent pas la mémoire. C’est
en te voyant sur notre écran dans l'émission de Zaléa
tv qui accompagnait Afrique 50, qu’André reconnaît
en toi l’homme qui projetait des bobines dans son quartier d’enfance
à Alger. Et c’est à ce moment là qu’il
nous a dit pour la première fois « je m’appelle
Rhaba »
Ces rivages-là, Carpita les a aussi foulé même si
le sable a laissé la place à un quai de port, celui de
Marseille, qu’on aperçoit de la fenêtre de notre
usine d’utopie.
Salutations amicales
Aaron Sievers et l’équipe de Film Flamme
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