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Extr. Chap. 7 : L’IMAGE EST-ELLE ENCORE POSSIBLE ?

 
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polygone
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Messages: 25

MessagePosté le: Mar 22 Avr , 2008 18:22    Sujet du message: Extr. Chap. 7 : L’IMAGE EST-ELLE ENCORE POSSIBLE ? Répondre en citant

C’est l’invisible qui fonde l’image, ce n’est pas le visible. Cela, à un point tel qu’il n’est rien qui ne soit montré sans que cela signifie autre chose que ce qui se voit, autre chose que l’image elle-même, que les apparences manifestes. Avec l’image enregistrée et la force irrésistible d’évocation du réel qui l’accompagne, c’est la guerre totale contre l’invisible qui a commencé, une guerre dont le rationalisme aura pris momentanément le relais sans véritablement y changer quoi que ce soit.
C’est à l’image - mais pas n’importe quelle image : l’image-trace, photo ou vidéographique comme empreinte de la réalité matérielle et tangible qu’il appartient de faire toute la lumière sur l’invisible, d’éradiquer progressivement l’invisible, c’est-à-dire tout simplement ce qui échappe à la gestion des choses matérielles. La profusion des images n’est donc pas en ce sens une sorte d’inventaire obsessionnel de tout ce qui est, mais le passage de toute existence non encore visible, mesurable et évaluable, à la réalité matérielle au moyen de l’image.

La restitution iconographique du monde à lui-même ne se connaissant à priori pas de limite, c’est contre la limite technique, contre ce défi interne à la technique elle-même en quelque sorte, que la production imagique s’emporte.
Toute portion non imagée du monde met en cause la toute puissance potentielle de la technique de l’image et chaque image nouvelle est une sorte de victoire sur l’opacité récalcitrante et « incivilisée » du monde, la négation par franchissement de cette limite. C’est en quoi elle est un instrument de conquête et non un simple appareil d’information. C’est pourquoi aussi c’est une frénésie incurable qui anime et propulse la diffusion et la production des images. Rendre visible aux gens de Lozère la vie des lnuits sous le cercle polaire, rendre visible à tous les terriens les deux faces de la Terre photographiées depuis la Lune à ce sens ; non pas celui d’informer, d’étonner ou même de distraire mais celui de parler de la progression irrésistible de la mise en images du monde. Chaque image, désormais est d’abord l’image du pouvoir d’ingérence et d’arraisonnement des images. Comme ont ce sens toutes les images sans intérêt préalable.

Mais que peut-on voir ? Peut-on voir une image quand tout ce qui est montré est soutenu par un discours implicite sur le monde; un discours qui dit en sourdine: « Nous savons quoi en penser ». Il n’y a plus de place pour nous raccorder au monde par les images puisqu’elles sont employées de jour en jour pour nous en éloigner, pour rendre impossible toute découverte et toute question sur lui. Elles sont les affirmations d’un discours sans réciprocité, d’un discours unilatéral et totalitaire car, comme l’avait déjà souligné Guy Debord « sans réplique possible ».

Ce qui apparaît alors, c’est que toutes répondent en fait à un intérêt plus puissant encore que celui que nous pouvions imaginer : un intérêt collectif et irrépressible pour la domestication du monde, pour la résorption de toute forme de soustraction des existences au regard et au contrôle. De cet intérêt, sans plus de commentaires, on pourrait dire ceci: qu’il correspond au passage de la force d’assujettissement et de matérialisation du système marchand à l’échelle planétaire à l’échelle subjective individuelle de la pulsion. Il s’agit de gouverner la formation des désirs et celle des intentions, c’est cela qui a remplacé la censure : gouverner par les pulsions. Et il ne s’agit plus de protéger le pouvoir d’une quelconque classe sociale mais de mobiliser tout ce qui est mobilisable en vue de la sauvegarde de situations précaires à tous les niveaux. Une image, du moment où elle est faite, s’adresse potentiellement à tous, même si tous ne la voient pas (ce qui est de plus en plus rare).
De même il faut faire admettre l’idée, au moins à titre d’hypothèse, que la profusion des images rend toujours plus impérieuses et nécessaires les images de ce qui n’a toujours pas d’image, qu’une sorte d’avidité pour la mise en discipline du monde selon le visible s’empare de tous face à ce qui résiste, s’esquive, demeure dans l’ignorance ou reste caché.

Le caché est le gibier de cette traque infernale. N’importe quel caché. Il est devenu potentiellement l’ennemi public virtuel, de même que tout ennemi réel ne peut être qu’invisible.
Les objets visuels qui nous sont proposés comme images ont perdu toute profondeur et de ce fait perdent chaque jour un peu plus toute possibilité de se faire image car ils sont précédées par la nécessaire pauvreté de signification qui préside à l’information comme marchandise de masse. Ils sont autant d’allusions et d’illustrations d’un seul et même mode de pensée qui recouvre et empoisonne la liberté inconditionnelle à quoi nous invite le visible quand il ne sert à rien. Mais une image ne prend pas existence pas sur fond de néant, tout dépend en réalité de l’exercice et de la formation de l’esprit. Plus précisément : tout dépend de ce que l’esprit peut admettre et envisager, de ce qu’il peut mobiliser, raccorder, tout dépend de son appétit pour l’inutile, pour l’ouverture vers le subtil, de différencié. Comme tout dépend aussi du sort commun qui est fait à la vie de l’esprit et à son usage.

Pour l’heure rien ne permet de penser qu’user de l’esprit pour le seul plaisir comme ce fut le cas si souvent et si longtemps auparavant soit un jeu populaire d’avenir. Aussi, pour ce qui est de voir tout ce qu’il est possible de voir dans les images, il semble plutôt qu’il faudra apprendre à regarder à contre-courant du flux d’images, c’est-à-dire aussi à contresens du discours qui les soutient. « Pour ceux dont l’âme est inculte, les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins. » a dit Héraclite il y a près de 2500 ans. Pour voir une image, voir ne suffit pas.
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curry
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Messages: 44

MessagePosté le: Mer 09 Juil , 2008 14:40    Sujet du message: en attendant plus Répondre en citant

J'ai finalement imprimé le texte, car je le relis souvent,pour les faiseurs d'images cette question est cruciale en effet. J'espère qu'elle aura produit du débat, puisque l'une des choses que Debord reproche aux images est d'occulter le débat. cela dit les images ne sont pas là pour produire du discours, mais pour faire émerger le discours, le discours est déjà là, mais il est colonisé, aliéné, enserré dans des digues bétonées le tout sous un aspect
d'innocence la plus candide : sage comme des images. Gibran parle en poésie de cette volonté de faire émerger l'invisible, son mysticisme particulier est intéressant car il parle de destruction de la religion, je me sens proche de cette vision des choses, même si lorsqu'il parle de l'a venir j'ai des réticences. Je vous transmettrai le texte plus tard ( je ne l'ai pas avec moi ici). Je pense souvent à la poésie qui jadis a produit des images elle aussi, mais connu moultes courants : les symbolistes et la métaphore, Baudelaire et le réel pour faire apparaître la vérité, Ponge et le refus de la métaphore, on peut retrouver ces courants, 100 ans plus tard dans le cinéma, comme s'ils participaient à un cycle de questions.
je vois que le fid à été un moment important pour vous je vous salue et vraiment j'aurai aimé être des vôtres à cette occasion.
je m'arrête là en ce moment, c'est un peu désordonné, pour l'instant et je vous laisse avec ça :

http://www.youtube.com/watch?v=8RmbIDWl4PI
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