ATELIERS CINÉMATOGRAPHIQUES

Le Polygone étoilé a posé comme fondation de sa présence dans le quartier le partage du cinéma entre auteur·es et habitant·es. Des ateliers cinématographiques sont menés par des cinéastes depuis 20 ans. Ils et elles ne sont pas des « professionnel·les de la pédagogie ». Ce qui est visé là, c’est le renouvellement de gestes initiés par l’éducation populaire, c’est l’échange et la liberté qui s’inventent dans la création collective.

HISTORIQUE

Une première période reposait sur le « retrait » assumé de l’artiste dans la construction des films, afin de ne pas formater à son goût les propositions des participant·es. Après leur avoir confié les outils du cinéma, le cinéaste ensuite était là pour rassurer dans leur utilisation… ou pas, car beaucoup de cinéastes ne maitrisaient pas non plus ce matériel ! Cinéastes et habitant·es apprenant ensemble, premier renversement d’une posture ruisselante du savoir. Ces films tournés en pellicule 16mm ont été regroupés sous le titre La Subtile mémoire des humains du rivage, ils forment une archive de Marseille, une fresque de plus de 3 heures – une œuvre commune et anonyme sur la ville de Marseille, régulièrement projetée.

Depuis 2017, le geste des ateliers s’est renouvelé et c’est une autre expérience qui a pris corps avec les jeunes habitant.e.s de Massabo, emmenée par Claudia Mollese, Matti Sutcliffe et Nicola Bergamaschi. L’utilisation d’une caméra numérique a permis de développer un autre rapport au temps et au cinéma, par la réalisation de moyens métrages qui se déroule sur plusieurs mois : écriture, costumes, mise en scène, tournage, composition sonore, toutes étapes menées de concert avec les enfants et adolescent.e.s – sans oublier d’improviser en permanence, les choses se passant rarement comme elles sont écrites. Le montage reste l’endroit technique que les enfants ne peuvent tenir entre leurs mains (l’endroit de la dépossession, dont il faut se méfier), mais ce sont toujours eux qui approuvent les étapes du montage et le montage final. C’est alors une improbable équipe faite de cinéastes et d’adolescent.e.s qui signe ces films… et les cinéastes sur lesquels reposent « l’animation » de l’atelier restent toujours ces maîtres ignorants… Une émission de radio et dix courts ou moyens métrages ont été réalisés, dont La Night au Frioul (2020), sélectionné au Cinéma du Réel à Beaubourg et autres salles de renom et Roikin <3 (2025) sélectionné à Visions du Réel (Nyon, Suisse).

2023… L’histoire continue face aux centaines de fenêtres du grand immeuble Massabo : les plus jeunes cinéastes arrivé·es au Polygone étoilé ont pris la question des ateliers à bras le corps. Elles écrivent : « Ces fenêtres attirent le regard. En bas sur le parking, on est à l’ombre, alors on lève la tête pour voir le soleil taper sur la façade… Le soir, ces fenêtres sont très belles. Chacune a une teinte différente, de la lumière froide de cuisine à des jaunes réconfortants, certaines sont même rouges ou vertes ! Au fur et à mesure des années, nous commençons à connaître une bonne partie des personnes qui habitent là. Les équipes d’adultes et d’enfants changent, les films racontent des histoires différentes mais les fenêtres sont presque toujours là dans nos films. Une pellicule à finir, une scène à ouvrir et souvent la caméra se tourne vers elles… On croisait souvent les regards et les ballons de foot. Les regards sont devenus des “bonjours” timides. Un jour on commence à jouer au foot, puis c’est un cache-cache entre les voitures. L’idée d’un ciné-club, gratuit, pour tous ces enfants, naît pendant un déjeuner : on va l’appeler “Cinébrouille”. Cinébrouille devient un rendez-vous mensuel qui nous permet de nous rencontrer autour d’un film et la préparation d’un goûter. Il y a des gestes déjà là. Puis, une autre question se pose, pour nous comme pour les enfants : on veut fabriquer des films, et pas seulement les regarder. C’est alors qu’on imagine Fenêtres sur la Joliette pendant l’été 2024 comme un premier moment d’ateliers-fresque avec les enfants qui ne partiront pas en vacances. Nous voilà sept à proposer ce moment de fabrication… Ateliers de cinéma, de peinture, de bruitage, de son, repas partagés, projections pour les enfants célèbrent la création cinématographique à tout âge. Les caméras tournent de main en main, les pinceaux inventent des histoires, les micros se promènent à l’écoute de la ville… Est-ce que cette tentative est plus proche d’une constellation d’auteurs anonymes, enfants et adultes, comme pour La subtile mémoire, ou travaillons-nous dans le sillon des fictions menées par Claudia, Matti, Nicola et le groupe d’enfants maintenant adultes ? Le Polygone étoilé et ses outils à disposition permettent les deux expériences : le temps définira la nôtre… Mais Amar conclura l’été 2025 en disant : ‘’Le Polygone, c’est le cinéma international de mon quartier !’’»

En 2024, cinq courts métrages sont réalisés : 4 films en pellicule 16mm avec les plus jeunes et 1 film en numérique avec les adolescents du quartier ; en 2025, trois films en 16mm avec les petit·es et un film encore en cours avec les adolescents.

POUR EN SAVOIR PLUS

Le livret édité à l’occasion de Manifesta, Biennale d’art contemporain 2020 avec des textes des cinéastes, des notes de réalisation et la complicité d’Olivier Derousseau

Ou consultez le livre Prolongé d’un rien, qui narre l’expérience de La Ciotat pendant la Capitale européenne de la Culture.